Pour les personnes âgées du Canada, il est essentiel de conserver leur indépendance et de pouvoir choisir leur mode de déplacement pour pouvoir vieillir dans leur collectivité. Bien que de nombreuses personnes âgées choisissent de continuer à conduire, les transports en commun, lorsqu'ils sont accessibles, offrent une option peu coûteuse et flexible qui permet de conserver un mode de vie actif et de maintenir des liens sociaux.
Selon Merrina Zhang, ingénieure de recherche principale au Centre de recherche sur l'automobile et les transports de surface du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), les transports en commun sont plus qu'un simple moyen de déplacement. C'est aussi une façon écologique de se déplacer qui favorise l'autonomie et contribue à la qualité de vie des personnes. Mais dans quelle mesure les transports en commun répondent-ils aux besoins de déplacement des personnes âgées au Canada? Nos réseaux de transport en commun ont-ils été conçus en tenant compte de leurs besoins? Les transports en commun sont-ils abordables?
Sans accès à des moyens de transport abordables, commodes et fiables, de nombreuses personnes âgées éprouvent des difficultés à se rendre à leurs rendez-vous ou à participer à des activités récréatives ou sociales, ce qui représente autant de facteurs susceptibles de les contraindre à déménager de façon prématurée dans une résidence ou un établissement de soins de longue durée. Imaginez à la place des quartiers florissants dotés de trajets de transport en commun qui sont universellement accessibles et dont les arrêts et les destinations sont faciles d'accès et adaptés au mode de vie propre aux personnes âgées.
Innover avec vision : monter à bord
En collaboration avec le groupe de recherche Transportation Research at McGill (TRAM) et grâce à la participation d'experts d'expérience à Montréal et à Victoria, Merrina Zhang a étudié la manière dont les transports en commun pourraient mieux répondre aux divers besoins des personnes âgées. Soutenus par le programme Défi « Vieillir chez soi » du CNRC, ses travaux de recherche ont permis de recueillir les commentaires d'usagers et de non-usagers des transports en commun de partout au Canada. L'objectif de cette recherche est ultimement de promouvoir l'innovation dans les réseaux et les services de transport en commun afin de les rendre plus inclusifs et faciles d'utilisation.
Grâce à des enquêtes approfondies sur les besoins et les expériences en matière de déplacement des personnes âgées à Toronto, Montréal, Vancouver, Halifax, Victoria et Saskatoon, l'équipe a réuni des renseignements précieux sur la façon dont les personnes âgées utilisent les services de transport locaux, leur degré de satisfaction, les difficultés qu'elles rencontrent avec ces services et les améliorations possibles qui pourraient les amener à utiliser les transports en commun plus fréquemment.
Bien que chaque région étudiée soit unique, les personnes âgées de toutes les régions bénéficient de réseaux de transport en commun dont les stations et les arrêts sont faciles d'accès, les horaires des trajets fiables, les passages fréquents et dont les itinéraires répondent à leurs besoins de déplacement, en d'autres termes, lorsqu'elles ont accès à des réseaux de transport plus commodes que la voiture. Voici les autres grandes observations de l'étude :
- Bien que l'accès aux transports en commun et la possibilité de se déplacer à pied soient des facteurs non négligeables pour de nombreuses personnes âgées, l'abordabilité du logement constitue un facteur encore plus important dans le choix d'un lieu de résidence.
- Contrairement à la population qui se déplace quotidiennement pour se rendre au travail, les personnes âgées ont tendance à se déplacer davantage en dehors des heures de pointe, lorsque les services de transport en commun sont moins fréquents. Elles effectuent également des trajets moins nombreux et plus courts.
- Les perceptions individuelles des transports en commun influencent grandement la décision de les utiliser ou non, indépendamment de la commodité ou de la facilité d'accès.
« Il est essentiel de comprendre le fonctionnement des transports en commun et de l'améliorer pour les personnes âgées, car il a une incidence directe sur leur qualité de vie et leur indépendance, explique Merrina Zhang. Lorsque nous investissons pour rendre les réseaux de transport en commun plus accessibles et plus inclusifs, nous contribuons au bien-être de notre population vieillissante et nous améliorons notre compréhension de la manière dont les transports en commun peuvent répondre plus efficacement à un éventail de besoins différents. »
« Ce partenariat entre le CNRC et l'Université McGill a permis aux résultats du projet de recherche d'être ancrés dans la réalité et d'être prêts à être mis en pratique, affirme le professeur Ahmed El-Geneidy, directeur du groupe de recherche TRAM. La collaboration avec le CNRC nous a permis d'utiliser ses vastes réseaux pour entrer en contact avec les agences de transport, avec les utilisateurs et utilisatrices des connaissances et avec les experts d'expérience, en plaçant leurs besoins au centre de la conception de notre protocole de recherche. Les relations du CNRC nous ont permis de maximiser la mobilisation des connaissances, en veillant à ce que les résultats de nos recherches soient communiqués aux agences et aux décisionnaires dans chacune des six régions étudiées, ainsi que dans tout le pays. »
Sur la bonne voie : créer des communautés adaptées aux personnes âgées
La création de communautés adaptées aux personnes âgées est l'une des trois approches principales proposées dans le cadre du programme Défi « Vieillir chez soi » pour soutenir la capacité des personnes âgées à continuer à vivre chez elles et dans leur communauté en vieillissant. Les innovations pour adapter nos environnements sociaux et physiques aux personnes fragilisées, vivant avec des troubles cognitifs, et autres facteurs de risque connus de transitions dans les soins, favoriseront la création de communautés où le vieillissement chez soi est non seulement possible, mais encouragé. Les résultats comme ceux de ce projet de recherche mené conjointement par le CNRC et l'Université McGill peuvent contribuer à modifier les structures sociales et les systèmes urbains, de manière à favoriser un mode de vie indépendant pour les personnes âgées.
« Cerner ce qui rend les transports en commun difficiles à utiliser peut conduire à de nouvelles idées qui aideront tous les usagers, mais en particulier les personnes âgées, commente Patricia Debergue, directrice du programme Défi « Vieillir chez soi ». Lorsque les personnes âgées ont la possibilité d'utiliser les transports en commun facilement et en toute sécurité pour se déplacer dans leur communauté, elles peuvent continuer à contribuer à la société, ce qui profite à tout le monde. »
Ce projet de recherche a bénéficié de subventions et de contributions accordées dans le cadre du Programme de collaboration en science, en technologie et en innovation administré par le Bureau national des programmes du CNRC.