Dans les forêts qui entourent de nombreuses communautés autochtones et nordiques, une précieuse source de nourriture se cache parmi les arbres : les bleuets sauvages. Ces baies font partie intégrante de l'alimentation locale et des traditions depuis de nombreuses générations, mais leur récolte présente certains défis uniques.
Les plants de bleuets sauvages produisent une quantité relativement limitée de fruits. Et puisque les peuplements sont épars et très dispersés, l'industrie ne peut être concurrentielle que dans des marchés très locaux. Non seulement la récolte de bleuets sauvages nécessite une main-d'œuvre considérable, ce qui engendre des coûts élevés, mais elle a lieu uniquement pendant une courte période de quelques semaines chaque automne. Dans leur ensemble, ces facteurs font qu'il est difficile de répondre à la demande du marché à l'échelle locale, sans parler de la capacité d'approvisionner constamment un marché plus vaste tout au long de l'année.
Dans certaines régions du Canada, des progrès ont été faits pour accroître la capacité de production de bleuets sauvages par des mesures comme la multiplication sélective des plants. Cependant, le nord de la Saskatchewan est une région qui n'a pas bénéficié de ce type de recherche. Du moins, jusqu'à aujourd'hui.
Des spécialistes du Centre de recherche en développement des cultures et des ressources aquatiques et du Centre de recherche en quantique et en nanotechnologies du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) travaillent avec la communauté autochtone de la Section locale 9 des Métis de Kineepik de la Saskatchewan et une étudiante de l'Université de l'Alberta à caractériser les bleuets sauvages. L'équipe espère démontrer que l'amélioration de la productivité des bleuets sauvages pourrait se traduire par des occasions de croissance économique durable pour les collectivités nordiques.
Une étude sur la productivité
Crédit : Justin Schaeffer, Université de la Saskatchewan
Exploration du paysage local à la recherche de plants de bleuets sauvages.
Ces dernières années, la technologie de culture tissulaire est devenue une méthode de multiplication de plus en plus intéressante à la fois pour les producteurs de plants et les producteurs de baies. Ce processus implique de faire pousser des végétaux à partir de petits échantillons de tissus dans des environnements contrôlés, ce qui favorise une multiplication de végétaux de grande qualité à plus grande échelle, plus rapide et exempte de maladies.
L'intégration de la technologie de culture tissulaire à la production de bleuets promet d'accroître le nombre de cultivars de qualité supérieure et ouvre des voies vers de nouvelles possibilités de croissance économique. S'ils étaient capables de multiplier efficacement un grand nombre de végétaux, les producteurs de plants et de baies seraient en mesure de répondre à la demande de bleuets de grande qualité non seulement à l'échelle locale, mais aussi sur des marchés plus vastes.
Crédit : Justin Schaeffer, Université de la Saskatchewan
Des échantillons recueillis sont cultivés dans une installation de culture de végétaux à Saskatoon, en Saskatchewan.
« Notre recherche, qui implique de combiner la culture tissulaire avec l'évaluation génétique, porte sur l'évaluation de la génétique de bleuets récoltés dans le but d'identifier les plants qui présentent des caractéristiques de croissance améliorées et qui offrent des récoltes plus abondantes », explique Pankaj Bhowmik, chef d'équipe au Centre de recherche en développement des cultures et des ressources aquatiques du CNRC. « Grâce à l'élaboration de protocoles de culture tissulaire et à la sélection de caractéristiques végétales améliorées, notre projet ouvrira la voie à l'établissement de souches de bleuets plus productives. »
Une occasion d'apprentissage
Le I-STEAM Pathways Environmental Education and Research Program (en anglais seulement) offre l'occasion à des étudiants et étudiantes autochtones de faire des stages dans le domaine de la recherche environnementale. Hanna Hunter, étudiante à l'Université de l'Alberta, s'est jointe à l'équipe de M. Bhowmik à titre de stagiaire du programme I-STEAM pour contribuer au projet sur les bleuets sauvages en recueillant des échantillons de bleuets aux fins d'analyses en laboratoire et en intégrant à la recherche de précieuses perspectives autochtones.
Hanna apprend à utiliser le contenu phénolique des échantillons qu'elle recueille et qu'elle lyophilise dans le but de le comparer au contenu phénolique des variétés commerciales de baies. Les composés phénoliques ont des propriétés antioxydantes qui améliorent le goût, la couleur et les avantages pour la santé des aliments.
L'équipe apprend aussi d'Hanna. « Le fait qu'une étudiante autochtone participe à cette recherche est une occasion incroyablement gratifiante et enrichissante. Hanna apporte d'importantes perspectives autochtones à notre travail, ce qui nous aide à tisser des liens plus étroits avec les communautés avec lesquelles nous travaillons », explique M. Bhowmik.
Une solution durable
En plus d'utiliser les bleuets sauvages pour leurs fruits, ces plantes peuvent aussi servir de coupe-feu efficace pour ralentir ou arrêter la propagation des feux de forêt grâce à leur faible charge de combustible, leurs propriétés de résistance au feu et à leur capacité d'être gérées au moyen de brûlages dirigés et d'élagage. Le fait de cultiver des bleuets dans les zones coupe-feu fait en sorte que ces espaces importants sont protégés et entretenus, favorisant ainsi la sécurité des communautés et transformant les zones coupe-feu en zones productives et utiles.
Crédit : Phyllis Smith, Section locale 9 des Métis de Kineepik
Un buisson de bleuets sauvages cultivé en Saskatchewan.
Cette équipe pluridisciplinaire se compose de scientifiques d'universités et du gouvernement ainsi que de membres de communautés autochtones qui partagent leurs savoirs traditionnels sur diverses variétés de bleuets à feuilles étroites qui poussent sur leurs territoires. L'équipe espère que cette collaboration permettra d'acquérir une meilleure compréhension de la manière dont ces bleuets uniques peuvent stimuler l'économie locale et contribuer à réduire les risques d'incendie tout en honorant et en intégrant la sagesse et les pratiques des personnes qui ont pris soin de ces terres pendant maintes générations.